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8 novembre 2009

Le Monument aux Morts

Le Monument aux Morts

La Place de lʼéglise avant la guerre de 14-18.
Seule figure la croix de mission.

« C’est en pleine lumière, dans le vent et le soleil où ils sont nés, où ils ont vécu, où ils se sont battus, que doivent survivre nos morts sanglants. »
Jean AJALBERT

Dès leur retour, les démobilisés se sont regroupés, et leur premier souhait fut qu’un hommage soit rendu à leurs compagnons de combat, morts au champ d’honneur, le plus souvent dans des circonstances atroces.
Les élus locaux les ont accompagnés dans leur projet ; les habitants, par leurs dons, ont aidé au financement.

Comme dans beaucoup de petites communes, c’est une stèle en forme de pyramide qui fut érigée, en un point dominant et central du village : ce n’est pas un tombeau, mais un tableau d’honneur qui proclame à la mémoire des vivants les noms des enfants d’Hurigny tombés au champ d’honneur.

De même qu’ au XIe siècle, notre pays s’est couvert « d’un blanc manteau d’églises neuves », de même en ces années qui suivirent la Guerre, on vit notre pays se recouvrir de monuments, comme pour se purifier du sang répandu par le cataclysme de cette Grande Guerre.

La même place après la mise en
place du Monument aux Morts

LE COMITÉ POUR LE MONUMENT AUX MORTS

De Jean MICHOUD :

« Dès la fin des hostilités avait été fondée "l’Union des combattants de la Grande Guerre pour Mâcon et l’arrondissement".
Une section de cette société s’était créée à Hurigny et son premier soin fut de songer à édifier un monument à la mémoire des hommes du village tombés au champ d’honneur.
Un comité d’érection se constitua bientôt et Monsieur de Leusse, qui faisait partie de la section, en fut nommé président. »

Au Conseil Municipal :

Le Maire et plusieurs conseillers municipaux faisaient partie du Comité et avaient désigné en dehors du conseil municipal : Madame Lamalle, Messieurs de Leusse, Violet, Roberel, Berthaud, Mornand Joseph, Decloître.

Décision du 28 juillet 1919

Le choix de l’emplacement n’a apparemment posé aucun problème : la place de l’église, près de l’école publique des filles, offrait un espace important, au centre du Bourg, et dominant le vallon.

LA PRÉPARATION

De Jean MICHOUD :

« C’est lui, Godefroy de Leusse, qui se procure tous les renseignements, qui fait toutes les démarches publiques ou privées, qui s’occupe de tous les détails, qui choisit les ouvriers, qui discute les prix, qui organise la
souscription publique destinée à payer les frais, qui va lui-même à domicile solliciter des concours plus ou moins généreux.

Vers la fin de l’été 1920 l’oeuvre, exécutée au village voisin de Sennecé par le sculpteur Larchez, est terminée.

En octobre et novembre, il dirige le transport à Hurigny des diverses parties du monument : transport exécuté sans frais par les habitants du village qui amènent à Sennecé leurs chars de culture.

Le 30 novembre et le 1er décembre se fait le montage.
Puis Monsieur de Leusse va chercher la grille d’entourage, commandée à Mâcon au serrurier Bouchacourt, et il la ramène sur le char d’un camarade d’Hurigny ancien combattant.
Elle est en place le 8 décembre.

Ainsi l’érection du monument se trouve-t-elle achevée. Celui-ci fait face à l’église, un peu à l’orient du porche ; il en est séparé par le chemin qui traverse le bourg. Il se dresse sur un terre-plein comportant aussi, plus au midi, la grande croix de mission érigée en 1867. »

L’OEUVRE

De Jean MICHOUD :

« C’est une stèle en pierre de Saint-Martin, très simple, posée sur une marche que surmontent un socle puis une tablette et coiffée d’un capuchon conique.
Sur la tablette, une inscription :

À nos enfants morts pour la Patrie

Sur la stèle, une palme en relief ; plus haut, deux inscriptions en diagonales superposées :

«  1914-1918 »

dominant le tout et semblant accrochée au capuchon, la Croix de guerre en relief.

Sur les deux faces nord et sud de la stèle les noms des morts.
Le monument est entouré d’une grille carrée, scellée dans neuf piliers en pierre taillée qui s’encastrent sur le pourtour de l’assise bétonnée.
Dans le pilier de devant, qui forme l’angle sud-est du monument, du côté de la croix, Monsieur de Leusse a placé, le 8 décembre, une petite boîte en métal contenant la liste des morts, des monnaies au millésime de
1920, et l’inscription suivante qu’il a composée :

In eorum, qui, pro Patria

Heroice cediderunt, memoriam hunc

Heroum oedificaverunt

Hujus agri uriniacensis

Incoloe

8 Décembre 1920

R.I.P.

C. Fourrier, maire

« Les habitants de ce village d’Hurigny ont élevé ce monument à la mémoire de ceux qui tombèrent héroïquement pour la Patrie »

L’INAUGURATION

« Tout se trouvait donc prêt pour l’inauguration de la stèle communale. Cette cérémonie eut lieu le 29 mai 1921, dont on se souvient à Hurigny comme d’une grande journée d’union nationale.
À deux heures de l’après-midi, un cortège formé par les enfants des écoles, les anciens combattants, les pompiers et la fanfare quittait la mairie pour se rendre au monument, autour duquel s’était rassemblé une foule nombreuse.
Le Préfet de Saône-et-Loire et plusieurs personnalités officielles étaient présents.
Devant la stèle, le comte de Leusse prit la parole.
Ce fut le seul discours qu’il prononça de sa vie : nul ne saura jamais l’effort qu’il dut accomplir à cette occasion pour surmonter sa timidité naturelle. Mais il considérait que son devoir l’obligeait à parler, ainsi que le montre la première phrase qu’il prononça. »

Jean MICHOUD

LE DISCOURS DE MONSIEUR DE LEUSSE

Mesdames, Messieurs,

C’est un double devoir qu’au nom du comité d’érection du Monument aux Morts de la Guerre je viens remplir aujourd’hui : devoir de reconnaissance pour tous ceux - et ils sont si nombreux que je renonce à les citer - pour tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont
contribué à son érection, par leurs avis, leurs démarches, leurs peines ; remerciements au Conseil municipal dont la généreuse offrande nous a permis d’aller de l’avant sans crainte ni arrière-pensée ; remerciements enfin à vous tous qui avez bien voulu par deux fois nous accueillir, quand nous sommes allés frapper à votre porte. Grâce à vous, grâce à tous, nous avons pu élever cette stèle, de lignes simples et sévères, il est vrai, mais de bel aspect.
Elle demeurera au travers des siècles futurs, ferme et inébranlable, comme en nos coeurs restera gravé le souvenir de ceux pour qui elle a été élevée et qui sont morts pour nous. Inscrits en lettres de sang, au passant comme à chacun de nous, leurs noms rediront sans cesse leur héroïque sacrifice.

Ce monument, fruit de l’obole de chacun, nous, membres du comité d’érection, nous venons - et c’est là notre second devoir - l’offrir à notre petite patrie, à notre chère commune d’Hurigny. C’est entre vos mains, Monsieur le Maire, que nous le plaçons…
Ainsi que jadis, aux temps héroïques (et ne les avons-nous pas vécus de nouveau) les Hellades se passaient de main en main le flambeau de la victoire et se transmettaient ainsi les uns aux autres le signe de leur gloire, ainsi vous le transmettrez à ceux qui viendront après vous, après nous.

À tous il redira la grande leçon de courage et de sacrifice qu’ils nous ont donnée ; à tous, à nous comme à nos épigones, il indiquera comment un Français comprend et fait son devoir, car, aussi bien, à tous il redira que ces trente-quatre enfants de notre commune ont sacrifié leurs parents, leur famille, leur vie, suprême holocauste, pour la cause la plus belle, pour une idée, pour un mot : mais cette cause, c’était celle de la Liberté ; cette idée, c’était celle de Patrie ; ce mot, c’était celui de France !

Il y a quelques jours, tous étreints d’une intense émotion, nous accompagnions à sa dernière et funèbre étape le corps de l’un d’entre eux. Sur sa tombe ses parents, ses amis, ceux qui l’avaient connu, sont venus prier et pleurer ; mais hélas ! Combien d’autres dormiront
leur dernier sommeil d’ici-bas loin des leurs, loin de tous, pauvres corps perdus dans les fondrières de la Somme ou du Nord, dans les sables de la Champagne ou dans le sol rocailleux de Verdun !
De pauvres croix de bois abritent là-bas leurs tombes solitaires ; mais il me semble que de l’Au-Delà ils nous remercieront d’avoir songé à leur élever dans leur pays - chez eux - un souvenir plus durable encore et plus beau, réunissant les deux symboles qui pouvaient le
mieux synthétiser l’hommage qui leur était dû : cette croix, signe de la valeur récompensée et aussi de l’espérance, et cette palme, symbole de leur gloire victorieuse !
Ce dépôt sacré, Monsieur le Maire, nous vous le confions. Le conserver, l’orner, l’embellir, ce sera conserver, orner, embellir en une seule les tombes de tous nos chers disparus. »

Ce discours fut suivi de plusieurs autres, notamment du Maire, du doyen des anciens combattants et du Préfet.

Un vin d’honneur clôtura cette journée bienfaisante, imprégnée d’une communion des coeurs trop rare en ce pays et qui figure avec beaucoup d’honneur dans les fastes d’Hurigny.

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